Débat sur l’incinérateur du Rohrschollen

Compte-Rendu de la conférence-débat "Incinérateur de Strasbourg, le grand débat"

Cette conférence a été organisée par l’association zéro déchet Strasbourg le samedi 13 mai 2017 au Foyer Protestant du Neudorf.
Premier orateur, le Dr Sophie RABOURDIN, Médecin généraliste - Strasbourg Respire, a parlé des méfaits des particules fines et ultrafines émises par la circulation routière et par les incinérateurs. Les études concernant les risques de santé publique liés aux incinérateurs montrent une augmentation des cancers (sein, poumon, leucémie chez l’enfant). D’autres études concernant la pollution routière (assez comparable à celle des incinérateurs) montrent une augmentation des risques cardiaques et des pathologies respiratoires (asthme, ...). La pollution de l’air, toutes sources confondues, provoquerait 524 000 décès prématurés en Europe. La vidéo de l’exposé du Dr Rabourdin est disponible sur le site de Strasbourg-Respire.
Au vu de ces dangers, la problématique de l’incinérateur de Strasbourg a été abordée : cet incinérateur est arrêté et doit être profondément adapté avant d’être remis en service (voir par exemple le site Contre l’incinérateur Corse). Faut-il un incinérateur de capacité identique (voire supérieure), ou bien faut-il diminuer sensiblement ses capacités, et donc la quantité de polluant atmosphérique, mais aussi de déchets ultimes voués à l’enfouissement ?
D’un côté, l’incinérateur est l’objet d’un contrat de délégation de service public avec une société privée, et le contrat prévoit un volume minimal de déchets à traiter (la société valorise aussi la production de chaleur), il n’est donc pas évident (sauf compensation financière) de réduire la capacité de l’incinérateur. D’un autre côté, il est possible de diminuer le volume de déchets à incinérer, et même de valoriser les déchets non incinérés.
Michel KNOERR, Président du SMTC (Syndicat Mixte Thann Cernay) a présenté le cas de Thann Cernay. Au départ il existait une plateforme de compostage et un incinérateur. Celui-ci devant être renouvelé, la question s’est posée de savoir s’il était indispensable (plusieurs incinérateurs de la région étant sous-utilisés). Après étude, il a été décidé de mener une politique active de collecte et valorisation des bio-déchets et de ne pas construire de nouvel incinérateur.
Les bio-déchets (restes alimentaires, papiers souillés, végétaux, cendre, sciure) sont collectés à domicile : le syndicat fournit aux habitants des bacs à couvercle brun, un bio-seau, des sacs biodégradables. La collecte des bio-déchets s’ajoute à celle des ordures ménagères résiduelles (OMR) et de la collecte sélective (CS) : papier, emballages, .… ainsi qu’à la collecte en déchetterie (déchets verts notamment).
Les bio-déchets collectés (13 300 tonnes en 2015, contre 8 800 tonnes au démarrage en 2010) sont compostés et le compost vendu (6 750 tonnes en 2015). Une facturation incitative a été mise en place pour les OMR : des bacs de différentes tailles (et de coûts différents). En pratique, il n’y a ni pesée ni verrouillage des bacs, et cela ne semble pas poser de problème pour l’instant (pas de décharge sauvage ou chez le voisin).
Les résultats sont probants comme le montre le graphique ci-dessous, les OMR envoyées à l’incinération sont passées de 221 à 94 kg/habitant :

Sont ensuite intervenus Jacques Muller, ancien sénateur-maire écologiste de Wattwiller, Thibault Turchet, juriste chez Zero Waste France, plusieurs élus de l’Eurométropole (et de Lorraine) et des participants en salle.
Il ressort de la discussion qu’il est souhaitable de viser une réduction des déchets à incinérer (OMR) et de la capacité de l’incinérateur de Strasbourg (si l’incinérateur est sous-employé, il va attirer les déchets des zones limitrophes pour être rentabilisé). La problématique est donc essentiellement politique.